Le sauvetage de Kiwi, le témoignage de Belinda
Nous sommes allées chercher Kiwi en brousse dans un village Pygmée près de Kribi qui est une
station balnéaire très connue au Cameroun. Les pygmées sont des gens très pauvres et, pour
subsister, les chasseurs ne partent plus en brousse: ils mettent des pièges pour attraper
n'importe quel animal. Il est difficile de leur en vouloir, vu les conditions dans lesquelles
ils vivent. Les autorités ne prennent pas leurs responsabilités pour apporter autre chose, qui
compenserait la chasse. Tout cela est très complexe et pervers, puisque après, ils cherchent
à vendre les petits orphelins. La mère de Kiwi a donc été tuée par un braconnier.
L'association Papaye sauve des petits et tente de leur apporter un avenir. Ce n'est
qu'une goutte d'eau, mais nous faisons le maximum en construisant une chaîne ou chacun apporte
sa contribution.
Donc, nous avons récupéré Kiwi dans la nuit et sommes revenues à l'hôtel. Le lendemain
nous avons repris le chemin de Pongo. La santé de Kiwi a fortement décliné pendant le voyage
et arrivées à Edea, Kiwi n'était plus qu'une poupée de chiffon, un pantin en train de mourir.
Patricia et moi avons décidé de rester en ville pour trouver un médecin.
Nous sommes restées une semaine avec Patricia dans une petite chambre d'hôtel à soigner
Kiwi. Nous avons eu la chance de trouver un infirmier très doux, et compétent. C'était la 1ère
fois qu'il soignait un chimpanzé !!
Pour perfuser et sonder le petit, on a du lui mettre des bandages. Il ne pouvait plus
se nourrir, il était tellement déshydraté que Bienvenue (l'infirmier) avait du mal à trouver
ses veines. Petit corps décharné. Ce fut très dur, car nous ne savions pas s'il vivrait.
Nous avons cru, plusieurs fois, avec Patricia qu'il était mort. Mais Kiwi est courageux, et
il s'est battu avec nous.
Finalement nous l'avons ramené en brousse où, au bout de 24 heures, il a accepté de boire
son biberon. Ce fut un vrai moment de bonheur. Les examens de sang et la radio ont montré
que Kiwi avait le paludisme, était déshydraté, anémié, bronchitique, mais il n'avait pas la
tuberculose. Nous l'avons présenté à Artémis mais il était encore trop faible pour jouer et
Artémis, incrédule devant ce petit corps inerte, commençait à le traîner au sol. Nous avons
donc décidé de garder Kiwi encore à l'écart le temps qu'il se remette complètement. Quand
j'ai quitté le Cameroun, il était encore très faible, j'espère qu'il va mieux. Il est
toujours très difficile de joindre Patricia.
Voilà l'histoire de ce petit bout de chimpanzé de 6 mois à peine. Qu'il devienne un
grand et beau chimpanzé pour moi qui l'ai tenu dans mes bras pratiquement mourant, en lui
chantant des chansons pour lui donner du courage et m'en donner aussi, serait une belle
victoire. Je suis très admirative de Patricia qui leur donne tant. C'est un beau parcours
semé de difficultés, d'obstacles, mais c'est un chemin où la vie prend tout son sens.
Par Belinda Bet.




